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Nouvelles · 16 septembre 2026 · Par Mathieu

Deux questions que l'application vous posera une fois

La prochaine version vous demande deux choses : si l'application peut partager la vitesse de la circulation autour de vous, et si elle peut signaler les virages fermés par des travaux. Les deux sont désactivées tant que vous ne dites pas oui, les deux envoient des décomptes et jamais des trajets, et voici exactement ce que chacune envoie et n'envoie pas. Je ne voulais pas avoir à le demander. Les itinéraires ne sont pas assez bons sans ça.

Ça fait deux semaines que je vous répète que Maple Maps ne conserve aucun historique de vos déplacements. C'est toujours vrai. Ça reste vrai pour quiconque lit ceci et ne fait rien.

Mais la prochaine version vous pose deux questions, et je préfère les expliquer ici, au long, plutôt que vous les faire découvrir froidement dans un écran de réglages.

Les deux réponses sont non par défaut. Les deux portent sur le même problème : un itinéraire ne vaut que ce que valent deux connaissances, soit la vitesse réelle des routes et l'état réel des routes et des virages. Ce sont nos deux points les plus faibles, et après deux semaines de vos signalements, je n'ai plus d'autre façon de les corriger sans vous le demander.

Première question : la vitesse de la circulation

En ce moment, notre trafic vient de TomTom. Il est correct sur les grandes autoroutes à l'heure de pointe et mince à peu près partout ailleurs, ce qui est la forme habituelle des données commerciales dans un pays aussi vide. Il est aussi néerlandais, ce qui convenait comme solution de dépannage et n'a jamais été censé être la réponse.

Il y a un second problème, plus important que la couverture. Nous lisons le flux en direct de TomTom et, tel que je lis leurs conditions, nous n'avons pas le droit d'en tirer notre propre portrait de ce qu'une route est normalement un mardi à 8 h 15. Chaque matin, notre routeur repart donc de zéro et leur demande ce qui se passe à l'instant. Il ne peut pas savoir qu'un tronçon du Henday est toujours lent à cette heure-là, parce qu'on ne lui permet jamais de s'en souvenir.

C'est cette mémoire qui rend une heure d'arrivée honnête. C'est la différence entre un itinéraire calculé sur ce que fait la route à la seconde près et un itinéraire calculé sur ce qu'elle fera au moment où vous y serez vraiment. Je ne peux pas l'acheter et je ne peux pas la déduire du flux de quelqu'un d'autre. La seule façon de l'avoir, c'est de la mesurer, et les seules personnes qui roulent sur ces routes, c'est vous.

Ce que l'application envoie, si vous dites oui. Pendant que vous suivez un itinéraire, l'application chronomètre votre passage sur des tronçons de routes principales, d'un point au suivant à environ un kilomètre. Pour chaque tronçon, elle retient quatre choses : le tronçon et votre direction, le quart d'heure de la journée, s'il s'agissait d'un jour de semaine, et votre vitesse en proportion de la limite affichée, par tranches de 5 % et jamais au-dessus de 100 %.

Ce plafond est voulu. Un signalement ne peut pas dire que quelqu'un roulait trop vite, parce que le plus grand nombre qu'il peut porter, c'est la limite elle-même.

Ce qu'elle n'envoie jamais. Aucune coordonnée. Ni votre itinéraire, ni votre trajet, ni son départ, ni son arrivée. Rien du premier kilomètre d'un déplacement ni de ses 500 derniers mètres, de sorte que la rue devant chez vous n'y est jamais. Aucune rue résidentielle, jamais.

Comment les signalements voyagent. Ils ne partent pas au moment où ils sont faits. Ils attendent sur votre téléphone et s'en vont un à la fois, à des moments choisis au hasard dans les heures qui suivent, pour que ceux d'un même déplacement n'arrivent jamais ensemble et ne puissent pas être recollés. Aucun ne porte l'identifiant de l'application. Chacun porte un jeton à usage unique que notre serveur a signé sans pouvoir le voir, ce qui est une véritable technique cryptographique et pas une figure de style : le serveur peut confirmer que le jeton est authentique et ne peut pas le relier au téléphone qui l'a demandé, ni à aucun autre jeton.

Ce que nous conservons. Un décompte. Pour chaque tronçon et chaque quart d'heure, il y a un compte du nombre de signalements tombés dans chaque tranche de 5 %, et rien d'autre. Un décompte est ignoré tant qu'il ne contient pas au moins cinq signalements venus de déplacements différents. Nous les gardons dix semaines.

Une dernière chose qu'elle peut demander. Si un tronçon a été beaucoup plus lent que la limite, l'application peut vous demander ce qui vous a ralenti, et vous pouvez répondre la circulation, un accident, des travaux, ou je ne sais pas. Elle le demande une fois votre trajet terminé, jamais pendant que l'application vous guide, parce que toucher une réponse au volant n'est pas clairement légal en Ontario, en Colombie-Britannique ni en Alberta, et je ne vais pas concevoir une fonction qui y invite.

Deuxième question : les virages fermés par des travaux

Nous lisons déjà les flux 511 provinciaux, et ils sont bons pour ce qu'ils couvrent. Une autoroute fermée par un accident y apparaît en quelques minutes.

Ce qu'ils ne couvrent pas, c'est un virage à gauche fermé six semaines à une intersection de banlieue parce qu'une équipe remplace une conduite d'eau. Personne ne publie ça où je peux aller le chercher. Ce n'est pas dans OpenStreetMap, ce n'est pas dans un flux provincial, et ce sera terminé avant que l'un d'eux s'en aperçoive. La seule personne au courant, c'est le conducteur qui arrive à cette intersection et trouve une barrière là où notre application vient de lui dire de tourner à gauche.

Plusieurs d'entre vous m'ont écrit à propos exactement de ça, en général poliment, en général après que l'application les a fait tourner deux fois autour du même pâté de maisons.

Ce que l'application envoie, si vous dites oui. Si vous passez tout droit à un virage que votre itinéraire vous demandait de prendre, elle envoie l'emplacement de ce virage, la direction dans laquelle vous alliez, celle où menait le virage, le nom de la rue, et l'heure arrondie à cinq minutes. Si vous prenez plus tard un virage que vous aviez passé, elle l'envoie aussi, ce qui est une preuve en sens inverse et compte contre la première.

Ce qu'elle n'envoie jamais. Ni votre point de départ, ni votre destination, ni votre itinéraire. Rien du premier kilomètre d'un déplacement ni de ses 500 derniers mètres. Les demi-tours évités ne comptent jamais, pas plus qu'un simple mauvais virage qui vous sort de l'itinéraire.

Ce qu'elle peut vous demander ensuite. Une version ultérieure ajoute une question, posée seulement une fois que vous êtes arrêté, jamais pendant que vous conduisez, et seulement à propos d'un virage que vous avez passé : que s'est-il passé? Vous ne pouviez pas le prendre (fermé, travaux, accident, obstacle sur la route, panneau interdisant le virage, barrière, aucune rue à cet endroit), vous l'avez manqué, le problème était sur la rue juste après, vous vous êtes arrêté en chemin, ou c'était votre choix. Vous répondez si vous le voulez, et la question disparaît après quatre jours. La réponse voyage comme le signalement, sous le même code pour ce virage et avec l'heure du virage, pas celle de votre réponse, et elle compte à la place du signalement. Notre serveur note le moment où la réponse est arrivée, et cela disparaît avec la réponse. Si le problème était sur la rue après le virage, l'application envoie un point de plus, environ 100 mètres après, et la direction dans laquelle vous alliez. Un panneau, une barrière ou une rue inexistante est vu par une personne ici, qui peut corriger la carte ; rien ne change sur la carte de lui-même.

Comment vous restez incomptable. Aucun identifiant d'application. Le téléphone envoie plutôt une clé qu'il fabrique lui-même et qui change chaque jour, de sorte que les signalements d'aujourd'hui ne peuvent pas être reliés à ceux de demain, et un code distinct pour chaque virage, pour qu'un conducteur ne compte qu'une fois à ce virage sans pouvoir être suivi d'un virage à l'autre.

Il y a une chose que nous gardons et que je tiens à nommer clairement, parce que c'est l'élément le plus sensible des deux fonctions. Pour qu'un signalement puisse être vérifié contre un itinéraire que nous avons réellement fourni, tant que ce réglage est activé, notre serveur garde en mémoire le tracé de votre itinéraire en cours pendant une heure, sous un numéro aléatoire, sans rien qui indique à qui il appartient. Il n'est jamais écrit sur disque. Ensuite il disparaît. Si vous n'avez pas activé la fonction, nous ne gardons rien du tout de votre itinéraire.

Un signalement ne change l'itinéraire de personne. C'est la partie que je tiens le plus à réussir. Un seul conducteur qui saute un virage ne veut à peu près rien dire : il a changé d'idée, il l'a manqué, il connaît un meilleur chemin. Il faut au moins quatre conducteurs différents qui refusent le même virage, ou deux qui nous disent ensuite qu'ils ne pouvaient pas le prendre, avant que le routeur accepte de perdre du temps pour l'éviter, et environ deux fois plus avant que nous le dessinions sur la carte de tout le monde. Pour l'instant, même cela est désactivé : les signalements sont recueillis et pesés, et ils ne changent l'itinéraire de personne d'autre que du téléphone qui les a faits, tant qu'il n'y a pas assez de conducteurs pour que ces chiffres veuillent dire quelque chose. La confiance se bâtit par la répétition et s'efface d'elle-même si personne ne confirme, en jours plutôt qu'en mois. Un habitué ne peut pas gonfler un virage en passant devant chaque matin, parce que dès la première fois, son propre téléphone a cessé de l'y envoyer.

Ce qui est pareil des deux côtés

Ni l'une ni l'autre n'utilise votre compte, parce qu'il n'y a pas de compte. Ni l'une ni l'autre n'envoie quoi que ce soit qui identifie votre téléphone. Sur un iPhone, une fois par jour, avant son premier signalement, le téléphone demande à Apple de confirmer qu'il est bien la véritable application Maple Maps sur un véritable appareil, pour qu'un script ne puisse pas inventer mille fermetures. Notre serveur vérifie cette confirmation, n'en conserve rien, et remet un laissez-passer qu'il ne peut pas relier à vous. Les téléphones Android font de même auprès de Google, à partir de la prochaine version Android. Un téléphone qui ne peut pas être confirmé peut quand même envoyer des signalements, mais ils sont comptés à part des signalements confirmés.

Et voici le coût honnête de cette façon de faire. Comme ces signalements ne portent rien qui vous identifie, je ne peux pas revenir en arrière et supprimer les vôtres. Il n'y a aucune ligne à votre nom à retrouver. Désactiver un réglage arrête tout à partir de ce moment, et ce qui est déjà dans un décompte a déjà cessé de parler de vous. C'est le compromis que j'ai fait, je pense que c'est le bon, mais vous devez savoir que c'en est un.

Vous décidez, à chaque étape

L'application pose chaque question une fois, après que vous avez déjà accordé l'accès à la position, avec un oui simple et un non simple et aucun piège entre les deux. Si vous répondez « Pas maintenant », elle ne redemande jamais.

Ce sont deux réglages distincts, et tous deux sont distincts de « Comptez-moi ». Vous pouvez activer ou désactiver l'un ou l'autre quand vous voulez, dans l'ordre que vous voulez. Dire oui aux virages ne vous inscrit pas aux vitesses. Rien d'autre dans l'application ne se comporte différemment selon vos réponses, et rien ne vous est retiré si vous dites non.

Si vous roulez déjà avec Maple Maps, la mise à jour vous posera la question une fois, de la même façon.

Tant qu'on parle de vos données entre vos mains

Il y a une troisième nouveauté dans la même version, qui ne vous demande rien mais participe de la même idée.

Vous pouvez corriger la carte depuis l'application. Une fiche avec les mauvaises heures, la mauvaise catégorie, un nom qui a changé depuis deux propriétaires : touchez-la et proposez une correction. Un commerce absent de la carte : ajoutez-le, et placez vous-même l'épingle à l'endroit où se trouve vraiment la porte.

Rien de ce que vous envoyez ne change la carte avant qu'une personne l'ait regardé et ait appuyé sur un bouton. Nous rapatrions peu à peu nos données de lieux, hors des flux commerciaux et dans une carte bâtie à partir d'OpenStreetMap, des données ouvertes d'Overture et de nos propres corrections, et voilà la part de ce travail que vous seuls pouvez faire.

Ce qui n'a pas changé

Rien de tout ça ne parvient à TomTom. Ce que les conducteurs partagent avec nous reste chez nous. Ça vit sur deux machines au Québec et ce n'est pas à vendre, ni maintenant ni plus tard.

Et le trafic de TomTom reste à votre écran pour l'instant, parce que je ne vais pas prétendre le contraire. Le trafic en direct exige que quelques pour cent de tous les véhicules d'une route donnée fassent rouler votre application. Quelques milliers de conducteurs répartis sur un pays de cette taille ne peuvent pas produire ça, et ne le pourront pas avant longtemps. Ce que quelques milliers de conducteurs peuvent absolument produire, c'est la chose plus lente et plus utile : un portrait honnête de la vitesse normale des routes principales du Canada à chaque heure de la semaine, bâti ici, gardé ici, et redevable envers vous plutôt qu'envers un contrat de licence.

Je ne voulais pas avoir à le demander. J'aurais préféré trouver ces données quelque part en accès libre et pouvoir dire que Maple Maps ne prend rien du tout. Elles n'y sont pas. Je l'ai donc demandé de la plus petite façon que j'ai su trouver, avec la réponse à non jusqu'à ce que vous la changiez, et avec tout le mécanisme écrit noir sur blanc où vous pouvez le vérifier.

Le détail complet de chaque champ est dans la politique de confidentialité, qui a été mise à jour en conséquence.

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